§05 — Atteintes à la probité
Trafic d'influence : définition
Le trafic d'influence se distingue de la corruption par son objet : ce n'est pas l'acte d'un décideur qui est monnayé, mais son influence réelle ou supposée sur une décision.
Définition simple
Le trafic d'influence vise un avantage demandé, accepté, proposé ou donné en vue d'abuser d'une influence réelle ou supposée sur une autorité ou une administration publique pour en obtenir une décision favorable, un emploi, un marché ou une distinction.
Définition juridique
Le trafic d'influence est réprimé par les articles 432-11 (côté de la personne investie de l'influence) et 433-1 et 433-2 du code pénal (côté de celui qui propose ou donne, et selon que la personne sollicitée exerce ou non une fonction publique). La caractérisation suppose qu'il s'agisse bien d'un usage d'influence en vue d'obtenir d'une autorité ou administration une décision, un acte ou un avantage.
Exemple fictif et générique
Exemple fictif et générique : une personne se prévaut de son carnet d'adresses ou de sa proximité avec un responsable public pour obtenir, contre rémunération, qu'une administration prenne une décision favorable à un tiers. Selon les circonstances, ces faits pourraient être qualifiés de trafic d'influence par un juge.
Exemple à but pédagogique — toute ressemblance avec une affaire ou une personne réelle serait fortuite.
Sanctions et conséquences possibles
Les peines maximales prévues par la loi peuvent atteindre dix ans d'emprisonnement et un million d'euros d'amende, dont le montant peut être porté au double du produit tiré de l'infraction. Des peines complémentaires sont possibles, dont l'inéligibilité. Les peines indiquées sont les maxima prévus par la loi : la justice pénale les individualise en fonction de la nature des faits, de leur gravité et de la personnalité de l'auteur.
Différences avec les notions proches
Corruption et trafic d'influence sont juridiquement distincts. La corruption porte sur l'acte du décideur lui-même. Le trafic d'influence porte sur l'usage de l'influence d'une personne pour qu'une autre autorité ou administration prenne une décision favorable. Les deux qualifications peuvent coexister dans un même dossier.
Pourquoi cette notion est suivie par OPAK
OPAK suit cette notion parce qu'elle apparaît régulièrement, parfois en concours avec la corruption, dans les dossiers mêlant intermédiaires, consultants et décisions publiques.
Affaires associées à cette notion
Cette section recense les affaires présentes dans OPAK liées à la notion de trafic d'influence. Les affaires sont distinguées selon leur statut : enquête, mise en examen, condamnation non définitive, condamnation définitive, relaxe, non-lieu ou classement.
Dossier GDF Suez / Engie — soupçons de paiements lorsqu'elle était députée européenne
Enquête ou information judiciaire en coursUne information judiciaire porte sur des soupçons liés à des paiements reçus par Rachida Dati de GDF Suez lorsqu'elle était députée européenne. Les investigations visent notamment des qualifications financières ; Rachida Dati conteste toute irrégularité.
Centre d'enfouissement de Nonant-le-Pin
Condamnation non définitive (appel)Alain Lambert a été condamné pour trafic d'influence passif dans le dossier de l'installation d'un centre d'enfouissement de déchets dans l'Orne.
Soupçons de corruption autour du contrat Rafale-Inde et de la coproduction Reliance / Julie Gayet
Enquête ou information judiciaire en coursLe Parquet national financier a ouvert en 2021 une information judiciaire portant sur les conditions de la vente de 36 Rafale à l'Inde annoncée en janvier 2016 par François Hollande, et sur la participation du groupe Reliance d'Anil Ambani comme partenaire indien de Dassault, en lien avec un investissement parallèle d'environ 1,5 M€ dans le film « Tout là-haut » coproduit par Julie Gayet via Rouge International. En octobre 2024, Julie Gayet a été entendue à plusieurs reprises sous le régime de l'audition libre, qui n'équivaut pas à une mise en examen. À la date des sources consultées, François Hollande n'est pas mis en examen ni placé sous le statut de témoin assisté ; les qualifications pénales ci-dessous décrivent le champ de l'information judiciaire, et non des chefs visant personnellement François Hollande.
Dossier Renault-Nissan — soupçons de rémunération liée à Carlos Ghosn
Enquête ou information judiciaire en coursRachida Dati est renvoyée devant le tribunal correctionnel dans un dossier portant sur des prestations facturées à RNBV, filiale de Renault-Nissan, lorsqu'elle était députée européenne. Elle conteste les faits ; le procès est annoncé pour septembre 2026.
Affaire du financement libyen présumé de la campagne Sarkozy 2007
Condamnation non définitive (appel)Dans le dossier du financement libyen présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, Claude Guéant a été condamné en première instance le 25 septembre 2025 à six ans d'emprisonnement, sans mandat de dépôt eu égard à son état de santé. Il a fait appel ; jugé en son absence pour raisons médicales, son procès en appel s'est achevé le 27 mai 2026 et la cour d'appel de Paris a mis sa décision en délibéré au 30 novembre 2026. La condamnation n'est pas définitive.
Fraude fiscale, trafic d’influence et financement politique allégués
Enquête ou information judiciaire en coursThierry Solère est mis en examen dans un dossier portant sur des soupçons de fraude fiscale, trafic d’influence, détournement de fonds publics et financement illicite de campagne. La procédure est toujours décrite comme complexe et non définitivement jugée dans les sources publiques disponibles.
Affaire LVMH et utilisation d’anciens réseaux de renseignement
Condamnation non définitive (appel)Bernard Squarcini est condamné en première instance pour des faits liés à ses activités privées de conseil et à l’usage d’informations ou de réseaux issus de la sphère publique. Le dossier implique notamment des prestations réalisées pour le groupe LVMH.
Affaire des écoutes dite Bismuth
Condamnation devenue définitiveNicolas Sarkozy a été définitivement condamné pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire dite Bismuth, relative à une tentative d’obtention d’informations auprès d’un magistrat de la Cour de cassation. La Cour de cassation a rejeté son pourvoi en 2024.
Espionnage de François Ruffin et du journal Fakir par LVMH (affaire Squarcini)
Condamnation devenue définitiveEntre 2013 et 2016, le groupe LVMH, présidé par Bernard Arnault, a recouru aux services de Bernard Squarcini, ancien directeur central du renseignement intérieur, pour surveiller, infiltrer et collecter des données personnelles sur le journal Fakir et son fondateur François Ruffin, et tenter d'obtenir copie du documentaire « Merci patron ! ». LVMH a signé le 15 décembre 2021 une convention judiciaire d'intérêt public (CJIP) homologuée par le tribunal judiciaire de Paris, contre une amende de 10 millions d'euros et l'abandon des poursuites contre la société. Bernard Squarcini a été jugé en 2024-2025 ; Bernard Arnault a été entendu comme témoin lors de l'audience du 28 novembre 2024.
Mise en examen pour blanchiment et trafic d’influence
Enquête ou information judiciaire en coursEn 2010, René Vestri a été mis en examen pour blanchiment à titre habituel et en bande organisée, trafic d’influence et association de malfaiteurs. Le dossier concernait des soupçons liés à des flux financiers et à des opérations immobilières ; aucune condamnation définitive personnelle n’est retenue dans cette fiche après son décès.
Affaire Bettencourt
RelaxeÉric Woerth a été poursuivi dans le volet politique de l’affaire Bettencourt, notamment pour des soupçons de trafic d’influence. Le tribunal correctionnel de Bordeaux l’a relaxé en 2015, faute de preuve suffisante des faits reprochés.
Marchés publics d’Île-de-France
Condamnation devenue définitiveMichel Roussin a été condamné dans le dossier des marchés publics d’Île-de-France, portant sur un système de commissions autour de marchés de construction et de rénovation de lycées. La condamnation a été confirmée et le pourvoi rejeté.
Personnalités concernées
Cette section présente les personnalités publiques dont la fiche OPAK mentionne une affaire ou une procédure liée à la notion de trafic d'influence. La présence d'une personnalité dans cette liste ne signifie pas nécessairement une condamnation.
Notions proches
- Corruption
Il y a corruption lorsqu'un avantage est demandé, accepté, proposé ou donné afin qu'un responsable public accomplisse, ait accompli, s'abstienne ou se soit abstenu d'accomplir un acte de sa fonction, de sa mission ou de son mandat.
- Prise illégale d'intérêts
Il y a prise illégale d'intérêts lorsqu'une personne exerçant une fonction publique ou un mandat électif prend, reçoit ou conserve un intérêt personnel dans une affaire qu'elle est chargée de surveiller, d'administrer, de liquider ou de payer, et que cet intérêt altère son impartialité, son indépendance ou son objectivité..
- Favoritisme
Le favoritisme désigne le fait, pour une personne exerçant une fonction publique ou agissant pour le compte d'une personne publique, de procurer ou de tenter de procurer à autrui un avantage injustifié, par un acte contraire aux règles destinées à garantir la liberté d'accès et l'égalité des candidats dans les marchés publics et les contrats de concession..
Dossiers OPAK liés
Questions fréquentes
Le trafic d'influence suppose-t-il que l'influence soit réelle ?
Non. Le texte vise une influence « réelle ou supposée ». Le fait que l'auteur n'ait pas effectivement pu peser sur la décision n'écarte pas, à lui seul, la qualification.
Une personne privée peut-elle être poursuivie pour trafic d'influence ?
Oui. Le trafic d'influence peut être commis par une personne exerçant une fonction publique comme par une personne privée. Les textes distinguent les régimes selon la qualité de la personne sollicitée et celle de l'intermédiaire.
Sources à consulter
- Article 432-11 du code pénal ↗
Légifrance
- Article 433-2 du code pénal ↗
Légifrance